dimanche 10 mai 2009

Le théâtre de ma vie (suite) et pourquoi je n’irai pas voir Dédé à travers les brumes

Un homme entre. Il va vers un lavabo déglingué, à côté d’une toilette sans lunette, il ouvre le robinet, passe la main sous l’eau, la renifle, grimace et s’essuie au mur. La femme chantonne toujours.

L’homme: Ta yeule!

Il parle sur ton neutre, sans la moindre trace d’émotion.

La femme: Aurions-nous été présentés pour qu’ainsi vous me tutoyiez?

L’homme: Salope!

La femme reprend son chantonnement.

L’homme: J’ai dit: ta yeule.

Toujours sur le même ton, sans se retourner vers la femme. Elle se tait boudeuse. Elle balance les pieds et frappe des mains sur le rythme de sa chanson, les chaînes tintent. Peu à peu le bruit devient assourdissant. La femme hurle, l’homme s’approche et la gifle, elle ne pare pas le coup. Silence.

La femme: Ayoye!

Entre moquerie et lassitude.

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C’est bien beau tout ça, mais où je m’en vais ensuite? Seulement des images, pas de plan, pas d’idée maîtresse, pas d’idées tout court. Je les vois aussi prendre le thé dans des tasses de porcelaines fines, le petit doigt dans les airs. Tu parles! Quelqu’un peut-il me dire comment je vais arriver à ploguer ça? Aucune idée. On verra bien. On verra bien qu’on ne verra rien, oui…

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Manière de faire un peu taire l’angoisse, à laquelle il faudra bien que je fasse face, mais pas tout de suite, j’écoutais en boucle Dehors novembre. Vous me direz qu’on peut trouver mieux, dans le genre anti-dépresseur, ce n’est pas ce qu’on trouve de mieux. D’autant plus que, maso comme personne, il faut toujours que j’écoute cette chanson plus d’une fois. C’est un bijou: comme l’émeraude ou le diamant, d’ailleurs, elle brille sur fond de misère, de douleur et de mort.

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La femme: J’ai quel âge tu penses?

L’homme: Vieille.

Il se retourne, la regarde longuement.

L’homme: Vieille pis moche.

La femme: Merci. Toi, t’es jeune et beau… Dans le genre débraillé. Ta fly est ouverte.

L’homme se penche, essaie de voir, vérifie avec la main.

L’homme: Crétine.

La femme sourit.

La femme: T’es ici pourquoi, toi?

L’homme: Vol d’identité.

La femme: C’est quoi ton vrai nom?

L’homme: Che Guevara. J’ai essayé de me faire passer pour Jos Bleau, pis ça pas marché.

La femme: Enchantée. Moi, j’ai perdu le mien. Il doit traîner en quelque part dans un coin.

L’ homme cherche un peu partout, déplace la poussière du pied.

L’homme: Désolé, je trouve pas.

La femme: C’est rien. C’est sûrement les rats qui l’ont bouffé.

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J’ai trouvé le titre: Ne donnez jamais votre nom à bouffer aux rats ni votre langue aux chats. Pas mal.

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Je dirai un autre fois pourquoi je n’irai pas voir le film sur Dédé Fortin. Ou je ne le dirai jamais, c’est sans importance. Pour lui, du moins, là où il est, au moins plus rien ne peut l’atteindre.

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