Je ne sais pas exactement où je m’en vais, mais je commence à y voir un peu plus clair. L’homme, qui s’appelle maintenant, le Che est le geôlier de la femme dont le nom a été bouffé par les rats mais il doit la garder en vie, parce que si elle meurt, il prend sa place.
Je verrai bien demain, ce que je peux faire de ça. Il faudrait que j’imprime parce que je vais finir par me perdre.
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Dans ce qu’on écrit, il y a les choses qu’on a vécues et ce qu’on vit est teinté par ce qu’on écrit. Le réel et la fiction se rencontrent, parfois par hasard, parfois parce qu’on l’a voulu, et d’autres fois parce que tout cela mijote et macère dans un coin obscur de notre cerveau, jusqu’à prendre un sens. C’est Boris Cyrulnik qui parle dans un livre extraordinaire du besoin de donner un sens. Avec ma petite histoire de vie, sans grande envergure, je me suis souvent demandé à quoi j’avais tellement besoin de donner un sens. Je n’en sais rien mais comme je n’ai et ne veux ni Dieu, ni morale, ni patrie, j’écris.
Pourtant, il y a des choses, je les écrirais jusqu’à ce que les bras m’en tombent, je les vivrais jusqu’à ce que mort s’ensuive et je n’arriverais pas à leur donner un sens.
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Vu à la télé: une émission complètement tordue et perverse, dont j’ignore le titre, mais qui doit sûrement porter quelque chose de ronflant et de bien-pensant du genre Je grandis au contact de l’autre. Une espèce de blondinette insignifiante, dont on a envie de dire qu’elle a le type aryen avec tout ce que ça peut comporter de sous-entendus douteux, et dont on dira qu’elle incarne parfaitement le prototype de la banlieusarde qui n’est jamais sortie de son patelin, (c’est une émission sur les préjugés après tout), va à la rencontre d’un Noir de qui elle pense d’emblée qu’il est paresseux, inculte, vaguement ou carrément criminalisé et qu’il se complaît dans un rôle de victime. Du coup, il se retrouve à avoir à porter sur ses épaules la tâche de se justifier aux yeux de la twit de service. Rien n’y fait. Il la promène un peu partout, il l’emmène s’encanailler un peu dans une soirée hip-hop, rien ne décoiffe la fadasse jusqu’à ce qu’elle rencontre la sœur du garçon, dans sa mini van ni trop cheap ni trop rutilante et son impeccable cuisine plus blanche que blanc, qui la convaincra que, peut-être, tous les Noirs ne sont pas des cas désespérés puisque certains sont «comme nous». Mais tout de même, notre joliette garde un doute, d’autant plus, dit-elle, qu’ils se complaisent à jouer les victimes… Ecœurant…
Je sais, ce n’est pas le même médium ni le même diffuseur, mais je pose tout de même la question: comment se fait-il qu’on perde l’émission de Gregory Charles pour se retrouver avec de pareilles aberrations?
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Le Che recommence à fouiller la poussière, à fureter dans tous les coins. Il trouve une tête recouverte d’une perruque qu’il pose sur les genoux de la femme.
Le Che: Marie-Antoinette c’est un joli nom.
La femme pose la perruque sur sa tête. Elle frappe des mains.
La femme: Qu’on m’apporte un miroir!
Le Che mime le geste de tenir un miroir devant elle.
La femme: S’ils n’ont plus de pain, qu’ils mangent de la brioche.
Elle répète la phrase sur plusieurs tons et de plusieurs façons:
La femme: S’ils n’ont pas de pain qu’ils mangent de la brioche. S’ils n’ont plus de pain, donnez-leur des brioches. Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent des gâteaux. Ils sont trop pauvre pour se nourrir, qu’ils mangent de la marde.
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