dimanche 24 mai 2009

Le théâtre de ma vie (suite) et les dumb blonds, ça existe vraiment, je l’ai vu à la télé..

Je ne sais pas exactement où je m’en vais, mais je commence à y voir un peu plus clair. L’homme, qui s’appelle maintenant, le Che est le geôlier de la femme dont le nom a été bouffé par les rats mais il doit la garder en vie, parce que si elle meurt, il prend sa place.

Je verrai bien demain, ce que je peux faire de ça. Il faudrait que j’imprime parce que je vais finir par me perdre.

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Dans ce qu’on écrit, il y a les choses qu’on a vécues et ce qu’on vit est teinté par ce qu’on écrit. Le réel et la fiction se rencontrent, parfois par hasard, parfois parce qu’on l’a voulu, et d’autres fois parce que tout cela mijote et macère dans un coin obscur de notre cerveau, jusqu’à prendre un sens. C’est Boris Cyrulnik qui parle dans un livre extraordinaire du besoin de donner un sens. Avec ma petite histoire de vie, sans grande envergure, je me suis souvent demandé à quoi j’avais tellement besoin de donner un sens. Je n’en sais rien mais comme je n’ai et ne veux ni Dieu, ni morale, ni patrie, j’écris.

Pourtant, il y a des choses, je les écrirais jusqu’à ce que les bras m’en tombent, je les vivrais jusqu’à ce que mort s’ensuive et je n’arriverais pas à leur donner un sens.

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Vu à la télé: une émission complètement tordue et perverse, dont j’ignore le titre, mais qui doit sûrement porter quelque chose de ronflant et de bien-pensant du genre Je grandis au contact de l’autre. Une espèce de blondinette insignifiante, dont on a envie de dire qu’elle a le type aryen avec tout ce que ça peut comporter de sous-entendus douteux, et dont on dira qu’elle incarne parfaitement le prototype de la banlieusarde qui n’est jamais sortie de son patelin, (c’est une émission sur les préjugés après tout), va à la rencontre d’un Noir de qui elle pense d’emblée qu’il est paresseux, inculte, vaguement ou carrément criminalisé et qu’il se complaît dans un rôle de victime. Du coup, il se retrouve à avoir à porter sur ses épaules la tâche de se justifier aux yeux de la twit de service. Rien n’y fait. Il la promène un peu partout, il l’emmène s’encanailler un peu dans une soirée hip-hop, rien ne décoiffe la fadasse jusqu’à ce qu’elle rencontre la sœur du garçon, dans sa mini van ni trop cheap ni trop rutilante et son impeccable cuisine plus blanche que blanc, qui la convaincra que, peut-être, tous les Noirs ne sont pas des cas désespérés puisque certains sont «comme nous». Mais tout de même, notre joliette garde un doute, d’autant plus, dit-elle, qu’ils se complaisent à jouer les victimes… Ecœurant…

Je sais, ce n’est pas le même médium ni le même diffuseur, mais je pose tout de même la question: comment se fait-il qu’on perde l’émission de Gregory Charles pour se retrouver avec de pareilles aberrations?

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Le Che recommence à fouiller la poussière, à fureter dans tous les coins. Il trouve une tête recouverte d’une perruque qu’il pose sur les genoux de la femme.

Le Che: Marie-Antoinette c’est un joli nom.

La femme pose la perruque sur sa tête. Elle frappe des mains.

La femme: Qu’on m’apporte un miroir!

Le Che mime le geste de tenir un miroir devant elle.

La femme: S’ils n’ont plus de pain, qu’ils mangent de la brioche.

Elle répète la phrase sur plusieurs tons et de plusieurs façons:

La femme: S’ils n’ont pas de pain qu’ils mangent de la brioche. S’ils n’ont plus de pain, donnez-leur des brioches. Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent des gâteaux. Ils sont trop pauvre pour se nourrir, qu’ils mangent de la marde.

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dimanche 10 mai 2009

Le théâtre de ma vie (suite) et pourquoi je n’irai pas voir Dédé à travers les brumes

Un homme entre. Il va vers un lavabo déglingué, à côté d’une toilette sans lunette, il ouvre le robinet, passe la main sous l’eau, la renifle, grimace et s’essuie au mur. La femme chantonne toujours.

L’homme: Ta yeule!

Il parle sur ton neutre, sans la moindre trace d’émotion.

La femme: Aurions-nous été présentés pour qu’ainsi vous me tutoyiez?

L’homme: Salope!

La femme reprend son chantonnement.

L’homme: J’ai dit: ta yeule.

Toujours sur le même ton, sans se retourner vers la femme. Elle se tait boudeuse. Elle balance les pieds et frappe des mains sur le rythme de sa chanson, les chaînes tintent. Peu à peu le bruit devient assourdissant. La femme hurle, l’homme s’approche et la gifle, elle ne pare pas le coup. Silence.

La femme: Ayoye!

Entre moquerie et lassitude.

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C’est bien beau tout ça, mais où je m’en vais ensuite? Seulement des images, pas de plan, pas d’idée maîtresse, pas d’idées tout court. Je les vois aussi prendre le thé dans des tasses de porcelaines fines, le petit doigt dans les airs. Tu parles! Quelqu’un peut-il me dire comment je vais arriver à ploguer ça? Aucune idée. On verra bien. On verra bien qu’on ne verra rien, oui…

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Manière de faire un peu taire l’angoisse, à laquelle il faudra bien que je fasse face, mais pas tout de suite, j’écoutais en boucle Dehors novembre. Vous me direz qu’on peut trouver mieux, dans le genre anti-dépresseur, ce n’est pas ce qu’on trouve de mieux. D’autant plus que, maso comme personne, il faut toujours que j’écoute cette chanson plus d’une fois. C’est un bijou: comme l’émeraude ou le diamant, d’ailleurs, elle brille sur fond de misère, de douleur et de mort.

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La femme: J’ai quel âge tu penses?

L’homme: Vieille.

Il se retourne, la regarde longuement.

L’homme: Vieille pis moche.

La femme: Merci. Toi, t’es jeune et beau… Dans le genre débraillé. Ta fly est ouverte.

L’homme se penche, essaie de voir, vérifie avec la main.

L’homme: Crétine.

La femme sourit.

La femme: T’es ici pourquoi, toi?

L’homme: Vol d’identité.

La femme: C’est quoi ton vrai nom?

L’homme: Che Guevara. J’ai essayé de me faire passer pour Jos Bleau, pis ça pas marché.

La femme: Enchantée. Moi, j’ai perdu le mien. Il doit traîner en quelque part dans un coin.

L’ homme cherche un peu partout, déplace la poussière du pied.

L’homme: Désolé, je trouve pas.

La femme: C’est rien. C’est sûrement les rats qui l’ont bouffé.

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J’ai trouvé le titre: Ne donnez jamais votre nom à bouffer aux rats ni votre langue aux chats. Pas mal.

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Je dirai un autre fois pourquoi je n’irai pas voir le film sur Dédé Fortin. Ou je ne le dirai jamais, c’est sans importance. Pour lui, du moins, là où il est, au moins plus rien ne peut l’atteindre.

dimanche 3 mai 2009

Le théâtre de ma vie

Une image me trotte dans la tête depuis deux jours, qui serait le début de quelque chose. Quelque chose d’extrêmement violent et, je crois, absolument dénudé de sens premier. Pas une histoire mais un tableau, figé dans le temps, immobile, éternel, sombre.

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Une chaise de bois immense, de la même couleur que la scène dont le décor principal serait la poussière et la crasse. Une femme est enchaînée aux montants de cette chaise par les poignets et les chevilles. Elle aussi est poussiéreuse et crasseuse. C’est d’abord une silhouette floue dans la pénombre. Coup de tonnerre, lumière blanche aveuglante qui balaie la salle et vient se lover sous la chaise. Long silence. Et la voix de la femme qui chantonne une berceuse en dodelinant de la tête.

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Google, au secours! Une berceuse, mais laquelle? Évidemment, vous pensez à la sinistre Rock-a-bye baby mais il y a plusieurs années vous avez travaillé sur un projet où vous l’avez utilisée. Et ce n’était pas votre idée!… Out goes Rock-a-bye. Vous farfouillez dans les lullaby lyrics, la plupart sont trop longs et vous n’en connaissez pas les airs. Petite incursion dans les lullaby partitions mais vous lisez mal la musique, ça ne vous avance pas. Une seconde l’idée vous vient de trouver un piano électronique pour voir. Trop compliqué. Fuck la berceuse, on verra plus tard.

Et alors vous vient la grande question que se pose le Québec cent fois par jour: pourquoi en anglais? Parce que c’est comme ça, merde!

Bon, j’en étais à la tête qui dodeline et après? Après, je ne sais pas. Vous êtes dans le métro par un après-midi pluvieux, vous ne dodelinez pas de la tête, vous dégoulinez parce que les parapluies, ce n’est pas votre truc. Vous avez fini votre livre et il ne traîne sur les bancs que des 24 Heures avec lequel vous refuseriez même de vous torcher. Votre IPod est mort et il ne se passe rien d’intéressant autour de vous. Alors, vous ne savez d’où, vous vient cette image, accompagnée d’un sentiment d’angoisse qui vous plie presque en deux. Qui vous hanteront tant que vous n’aurez pas fait quelque chose avec eux, vous le savez. Mais quoi?

Qu’est-ce qui arrive après la tête qui dodeline? Il y a des courses à faire, des pissenlits à arracher sur le terrain de toute urgence et je suis rendue au tableau 44 du Bejewelled, alors, la suite, bien ce sera pour la prochaine fois.