dimanche 20 juin 2010

Karla Homolka et moi

Je suis très, très inquiète.  De plus en plus inquiète, au fil des nouvelles du matin.  Des petites choses qui s’additionnent les unes aux autres, qu’on traite comme des évidences dans le journal, au bulletin de nouvelles, sur la rue et qui n’ont pour moi d’évident que le danger qu’elles comportent.

Je me fous de Karla Homolka depuis les premiers jours où elle a fait la manchette avec le très sympathique Bernardo.  Quand j’ai envie de me faire dresser les poils du pubis en les frottant à l’horreur, j’écoute Criminal Minds.  Dans la réalité, je fuis le fait divers, j’ai toujours trouvé suspecte et malsaine l’excitation et la fascination qu’ils provoquent.  Je laisse les tueurs tuer sans me perdre en conjectures sur leurs motivations.  Je laisse les avocats plaider, les juges juger et les Claude Poirier délirer, c’est leur métier et ils le font généralement plutôt bien.  Je sais que ces choses-là existent et qu’elles sont, semble-t-il, inévitables, peu importent la prévention et la punition; nous naissons avec le goût du sang et il y a toujours quelqu’un quelque part chez qui il n’aura pas été dompté. 

Je n’aurais jamais cru qu’un jour, nos destins auraient pu se retrouver liés.  Au temps de la vie où je suis arrivée, si à ce jour je n’ai tué personne, il serait plutôt étonnant que l’envie m’en prit, à moins que ce ne soit par compassion, qui sait, mais ça ne me ressemble pas vraiment, je n’ai pas ce genre d’arrogance ou de courage.  Et mon pire crime sexuel aura été de donner un gros bec baveux sur le pénis d’un bébé en voulant lui embrasser le nombril.  Je n’ai pas l’impression qu’il en ait été pour tout autant traumatisé.  Mais voilà que, comme citoyennes, nous nous retrouvons tout à coup sous la même menace.

Toutes deux citoyennes d’un pays où le gouvernement avec une belle unanimité, semble-t-il, se permet de traquer, cibler, viser et abattre un individu, qui est redevenu après avoir payé sa dette, un simple quidam comme vous et moi, en s’octroyant des compétences qu’il ne possède pas.  Qui passe une loi en catastrophe pour refuser un droit à une personne en particulier.  Pourquoi?  Parce que son crime, extrêmement médiatisé a donné lieu à une psychose collective, née en grande partie des élucubrations invérifiables des faiseurs de nouvelles, officieux et officiels.  Parce que dans notre monde devenu complètement paranoïaque à force de se protéger, c’est rentable politiquement.  Ça vous rappelle quelque chose?  À moi oui. 

Quel sera le prochain prétexte maintenant que la machine roule allègrement?  

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