Ça peut pas être déjà l'hiver, on a même pas eu d'été.
Citation tirée d'un film, titre d'un livre, parole d'une chanson? Je ne sais plus. Mais même s'il n'y pas eu d'été, le temps a passé tout de même, le prix de l'essence a grimpé pendant les vacances de la construction, les maringouins se sont gavés, les mouches noires nous ont fait la peau, il y avait des travaux sur 90% des routes et des ponts, on s'est congestionné les poumons et les artères au barbecue carbonisé. Il y a eu les festivals, les grands et les petits, le jazz, les Francofolies, le cochon graissé, la pitoune et la poutine: on s'est pilé sur les pieds en balançant des petits drapeaux bleus ou rouges, selon nos allégeances, on a bu de la bière tiède et fadasse dans des verres de plastique, au logo du commanditaire du moment, bouffé des hot-dogs secs et tout aussi tièdes et fadasses, infestés de listériose ou de salmonellose. On a repris contact avec la nature dans des campings bondés aux toilettes perpétuellement bouchées, où on ne savait pas ce qui était le plus glacé quand on se glissait dedans, de l'eau du lac ou du sac de couchage humide. Un été normal, en somme, où seul le soleil n'était pas au rendez-vous. En voici donc quelques snap shots, en noir et blanc, évidemment.
Vu par un petit lundi pluvieux: un jogger solitaire, sur le boulevard René-Lévesque, vêtu d'un tee-shirt qui disait «Le Québec, un pays» et portant à bout de bras un fleurdelysée détrempé qui pendouillait tristement.
Entendu aux informations TVA: «Le jeune homme a été transporté à l'hôpital où il a subi de nombreuses fractures»
Vu dans un terrain vague, sur un panneau-réclame tombé, entouré de détritus: une affiche peluchée par la pluie, couverte de fiente d'oiseaux qui disait, au-dessus d'une terre maculée de boue séchée: Savons la panète. Avec un savon sans phosphate, évidemment.
Parenthèse: Qu'est-ce qu'elle s'en fout la pasnette d'être savonnée. Elle n'en a rien à chier, la terre, que dans notre magnanimité, nous prenions éventuellement conscience de son désarroi. Elle n'a pas besoin de nous et elle continuera d'exister malgré nous. C'est nous qui avons besoin d'elle. Quand bien même nous détruirions tout, elle se refera une santé quand nous serons passés; des milliards de cadavres d'hommes et d'animaux morts de faim et d'étouffement, ce n'est jamais qu'un bon compost. Mais nous? Une petite poignée de privilégiés qui auront sauvé leur peau, réfugiés sur une base lunaire, martienne ou saturnienne, est-ce qu'on pourra appeler ça l'Humanité? Une petite poignée de privilégiés qui s'engraissent pendant que d'autres en crèvent et qui blatèrent et déblatèrent aux frais d'organismes dits internationaux, en ne pensant jamais qu'à tirer la couverture de leur côté, est-ce qu'on peut appeler ça l'Humanité?
Scoop? Au début de l'été, il y a eu un orage, comme il y en a eu presque tous les jours en juillet. Un bon gros orage, d'accord, avec rafales et grêlons, quelques poids lourds qui se sont fait brasser la carcasse sur un pont, quelques toits et vieux bâtiments qui ont foutu le camp et une dizaine d'arbres qui ont décidé qu'ils avaient assez vécu et qu'il était temps pour eux de se transformer en bois de chauffage. En somme, une fin de canicule plutôt classique et banale, mais tout de même assez violente pour nous offrir quelques frissons d'appréhension et d'exaltation. Mais aux journaux télévisés, c'était le délire! Chacun y est allé d'un quinze minutes, sinon plus, de logorrhée apocalyptique, qui a pris des allures d'avalanche de météorites géants. Bernard Derome avait sa gueule de Crise d'octobre en juin et, Maxence (?)... OK, d'accord, lui on lui pardonne, une liste d'épicerie pourrait le propulser au bord de la crise de nerfs. Mais il y avait aussi l'autre, dont j'oublie le nom, qui parlait d'un ciel de fin du monde et qui s'est lancée dans une réflexion hautement philosophique sur la fragilité de l'être humain. Quand même! Un peu de retenue, non mais! Bien sûr, les Jos Bleau, dont je suis, s'étaient précipités vers les fenêtres en criant: « Aïe, yin woère, ça va cogner en écœurant!» Tout ce qui perturbe l'étale de nos jours est bienvenu. Mais les faiseux de nouvelles, à force de vouloir coucher avec les Jos Bleau, finissent par nous baiser, sans que nous le sentions passer. Que veut-on tant éviter de se dire et d'affronter, pour faire de l'événement avec un simple orage?
Bouchard-Taylor, dernier épisode et quelques conclusions:
«Le Québec n'est pas multiculturel, il est interculturel» ????????????!!!!!!!!!!!!!
«Moé, s'tie, j'ai dé valeurs, s'tie, pis cé pas un importé qui va m'apprendre à vivre, tabarnak! » (Entendu dans un resto et cité textuellement). Yo man!
Quelques millions de dollars plus tard, c'est réglé, classé, oublié. Bon débarras. Est-ce si cher payé pour assommer la bêtise? À moi comme à d'autres sûrement, il sera resté quelques blessures, des amitiés quelque peu écorchées et un goût de fiel dans la bouche. Une vague peur du lendemain, mon monde m'est devenu suspect.
En manière de conclusion:
Si l'été n'a pas été très chaud, l'automne, lui, sera poisseux: on va avoir des élections. Beurk! À deux jours du déclenchement, Harper a déjà été obligé de s'excuser d'avoir fait chier un oiseau sur la tête de Stéphane Dion, sur le site Web du parti conservateur. Élégant et de bon goût. Et c'est ça qui prétend nous représenter! Voici donc notre nouveau projet de société: on se chie sur la tête et après on s'excuse. Des heures de plaisir en perspective. C'est vrai que la diarrhée de la listériose, il faut bien l'évacuer quelque part. La décadence de l'empire romain ce n'était rien comparé à la décadence de l'empire canadien.
En passant, quelqu'un pourrait-il me dire ce que faisait le ministre de la Santé, à téter de l'Américain, pendant la crise de la listériose? Il cherchait une nouvelle bactérie?
Et quelqu'un, s'il vous plaît, pourrait-il dire à Sandra, Conchita, Monica, XXX Hard-on et autres, que je n'en veux pas de Viagra. Merci.
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