mercredi 24 septembre 2008

Culture, coupures et censure: La conjuration des imbéciles

Conjuration: rite pour chasser les démons

Imbéciles: à les écouter, on s'aperçoit qu'il y a autant de définitions de l'imbécillité qu'il y a d'imbéciles et que les profondeurs du crétinisme sont insondables.

J'emprunte le titre à John Kennedy Toole qui n'aura écrit que deux livres, publiés à titre posthume, dont un en exergue duquel on retrouve cette citation: "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui".

Paranoïaque? Non, pire, une affection plus grave: créateur dans la société étroite, étouffante et débilitante du Sud des États-Unis dans les années '60. Il en est mort. Win or die. Mort mais tout de même moins mort que la plupart de ses contemporains: il aura laissé quelque chose au-delà de lui-même, des mots, des images qui auront aidé des millions de gens à mieux vivre.

Retour du balancier, quarante ans plus tard, les imbéciles ont la cote. N'importe quel couillon borné brame assez fort n'importe quelle ânerie et c'est parti, le plus sérieusement du monde, comme s'il s'agissait de véritables enjeux : tribunes téléphoniques hystériques, sondages et vox pop, tables rondes gourmées, panels de spécialistes et tutti quanti. Jusqu'à ce que les politiciens, toujours à l'affût de plaire et de sanctionner (ce qui est une combinaison particulièrement dangereuse), en aient vent. Alors, c'est la Commission, pour défouler les parties en cause et envoyer le rapport sur les tablettes quand le sujet est trop scabreux, ou le projet de loi, ou les insidieuses coupures budgétaires. Vous n'aimez pas les fonctionnaires, les cols bleus, les artistes, les étranges de tout acabit, les chiens hargneux? Ils sont trop payés, gâtés, paresseux, parasites, et pour compenser les rancœurs et les frustrations de vos vies vides et sans projets, vous rêvez au retour de l'échafaud? Vous voulez faire fermer des gueules parce que vous n'avez pas vous-mêmes les mots pour le dire? Eh bien, qu'à cela ne tienne! Que vivent la censure et le couperet! Et chantons tous en chœur Tout le monde est malheureux, Gilles Vigneault n'ira plus en France aux frais du petit contribuables, na-na-na-na-nère! Tam-di-da-di-dilam, renvoyons-le dans son Natashquan natal, vivre dans un shack et se lever à deux heures du matin pour aller pêcher la morue ou se qui se pêche sur la Côte Nord, comme du vrai monde avec des vraies jobs et qu'il la gagne sa vie, comme nous autres!

Je suis une artiste; je n'ai pas à m'en justifier et encore moins à m'en excuser et jamais je ne le ferai. Nous sommes là depuis toujours, essentiels, dérangeants. Le monde se dit et se modèle par nous et à travers nous, une lignée universelle, continue, indéfectible, ininterrompue, souveraine, qui porte l'homme vers l'homme, au-delà de celles des manants et des rois. Le plus vieux métier du monde? Je suis putain et j'en suis fière: je m'offre aux besoins, aux désirs, aux fantasmes, aux rêves des autres et ce que j'en obtiens en retour me revient en toute justice. Et je ne suis pas là non plus pour être aimée; putain comme cochon, il arrive qu'on reporte sur moi la honte, le dégoût de soi, des peurs, des hantises inavouables, des obsessions; je n'en suis pas responsable, c'est en toute liberté que la rencontre se fait.

L'art et la culture sont des biens collectifs et c'est à ce titre qu'ils sont subventionnés: pour que toute la collectivité ait le droit d'y participer et d'y avoir accès, les trous du cul comme tous les autres. Ce sont à chacun de nous, comme citoyens, que les subventions sont redistribuées et l'usager y trouve le plus souvent bien mieux son compte que l'artiste lui-même; la grande majorité d'entre nous travaillons à rabais, nous le savons et, bon gré mal gré, nous l'acceptons. Pour prix de coupures et de censure, ce ne sont pas nous qui avons le plus à perdre. Alors, imbéciles de tous calibres, ça suffit de faire chier! Retournez à vos petites affaires, à votre petit monde, à votre vie étriquée! Remettez-vous à votre léchage de nombril et foutez-nous la paix; ça vous occupera la gueule et vous empêchera d'étaler à la face du monde, qui mérite quand même mieux, le spectacle désolant de votre profonde niaiserie.

Et que personne ne vienne me dire que c'est de la faute de Harper. Harper est un politicien et nous sommes en démocratie: la base, le contenu et l'aboutissement de toutes ses préoccupations personnelles, politiques et sociales, c'est son érection du 14 octobre. Et que Stéphane Dion profite du désarroi de la communauté artistique, il n'y a rien à en dire, c'est de bonne guerre; mais lui aussi, ce qui le fait bander, c'est de rallier une majorité à son panache clairsemé. Depuis toujours, les balles sont dans notre camp, si les imbéciles jonglent avec, c'est que nous les leur avons données.

Nos gouvernements nous représentent; les conjurés, jusqu'à présent étaient minoritaires. Qu'en sera-t-il après le 14 octobre? Où en sommes-nous? À continuer de macérer dans notre indifférence, notre apathie, nos jalousies, notre dépit et nos rancunes, à peine camouflés par la logique primaire de rabâchages bien-pensants? En sommes-nous à démolir avec nos dents la seule tribune qui nous appartienne vraiment, en toute liberté d'expression de toutes tendances, toutes croyances et toutes cultures, pour abattre des démons que nous nous sommes inventés? En sommes-nous à nous laisser dominer par la culture des gargouilles?

Pour conclusion et pour toutes les gargouilles de mon pays, j'emprunterai un autre titre de roman, cette fois à Boris Vian: J'irai cracher sur vos tombes. Je crache sur les tombes de tous ceux qui sont plus morts que morts.

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Une précision: jamais il ne me viendrait à l'esprit de juger de la valeur d'un artiste à sa rentabilité. Ce n'est pas un critère de qualité, ni dans un sens ni dans l'autre, qu'un talent particulier et une manière de faire permettent de toucher un large public et de faire de soi-même ou de sa discipline une entreprise viable et financièrement relativement autonome (n'oublions pas que les compagnies et les entreprises aussi bénéficient de subventions et de crédits d'impôt). Je hais ce genre de snobisme et de catégorisation.

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Deux petites anecdotes pour la mauvaise bouche:

- L'inénarrable pitt-bull à lunettes croisé avec un serpent à sornettes qui sévit présentement dans le clan McCain, a annoncé en grandes pompes qu'elle commencerait à s'initier aux relations internationales! Quand on prétend à la deuxième place, voire à la première, dans un pays qui se dit à tort ou à raison le plus puissant du monde!.. Peut-être qu'éventuellement, elle commencera à s'initier à la politique aussi, cette grande doctoresse du hockey pee-wee.

-Entendu à C'est trop de bonne heure le matin: « Nous avons maintenu le financement de Radio-Canada, d'autant plus que le président (ou directeur de quelque chose, vous vérifierez) est un ami à moi.», dixit le ministre Fortier. Dorénavant, quand le gouvernement subventionnera, c'est qu'il aura de bonne raisons de le faire.

mardi 9 septembre 2008

Des nouvelles de mon monde 3

Ça peut pas être déjà l'hiver, on a même pas eu d'été.

Citation tirée d'un film, titre d'un livre, parole d'une chanson? Je ne sais plus. Mais même s'il n'y pas eu d'été, le temps a passé tout de même, le prix de l'essence a grimpé pendant les vacances de la construction, les maringouins se sont gavés, les mouches noires nous ont fait la peau, il y avait des travaux sur 90% des routes et des ponts, on s'est congestionné les poumons et les artères au barbecue carbonisé. Il y a eu les festivals, les grands et les petits, le jazz, les Francofolies, le cochon graissé, la pitoune et la poutine: on s'est pilé sur les pieds en balançant des petits drapeaux bleus ou rouges, selon nos allégeances, on a bu de la bière tiède et fadasse dans des verres de plastique, au logo du commanditaire du moment, bouffé des hot-dogs secs et tout aussi tièdes et fadasses, infestés de listériose ou de salmonellose. On a repris contact avec la nature dans des campings bondés aux toilettes perpétuellement bouchées, où on ne savait pas ce qui était le plus glacé quand on se glissait dedans, de l'eau du lac ou du sac de couchage humide. Un été normal, en somme, où seul le soleil n'était pas au rendez-vous. En voici donc quelques snap shots, en noir et blanc, évidemment.

Vu par un petit lundi pluvieux: un jogger solitaire, sur le boulevard René-Lévesque, vêtu d'un tee-shirt qui disait «Le Québec, un pays» et portant à bout de bras un fleurdelysée détrempé qui pendouillait tristement.

Entendu aux informations TVA: «Le jeune homme a été transporté à l'hôpital où il a subi de nombreuses fractures»

Vu dans un terrain vague, sur un panneau-réclame tombé, entouré de détritus: une affiche peluchée par la pluie, couverte de fiente d'oiseaux qui disait, au-dessus d'une terre maculée de boue séchée: Savons la panète. Avec un savon sans phosphate, évidemment.

Parenthèse: Qu'est-ce qu'elle s'en fout la pasnette d'être savonnée. Elle n'en a rien à chier, la terre, que dans notre magnanimité, nous prenions éventuellement conscience de son désarroi. Elle n'a pas besoin de nous et elle continuera d'exister malgré nous. C'est nous qui avons besoin d'elle. Quand bien même nous détruirions tout, elle se refera une santé quand nous serons passés; des milliards de cadavres d'hommes et d'animaux morts de faim et d'étouffement, ce n'est jamais qu'un bon compost. Mais nous? Une petite poignée de privilégiés qui auront sauvé leur peau, réfugiés sur une base lunaire, martienne ou saturnienne, est-ce qu'on pourra appeler ça l'Humanité? Une petite poignée de privilégiés qui s'engraissent pendant que d'autres en crèvent et qui blatèrent et déblatèrent aux frais d'organismes dits internationaux, en ne pensant jamais qu'à tirer la couverture de leur côté, est-ce qu'on peut appeler ça l'Humanité?

Scoop? Au début de l'été, il y a eu un orage, comme il y en a eu presque tous les jours en juillet. Un bon gros orage, d'accord, avec rafales et grêlons, quelques poids lourds qui se sont fait brasser la carcasse sur un pont, quelques toits et vieux bâtiments qui ont foutu le camp et une dizaine d'arbres qui ont décidé qu'ils avaient assez vécu et qu'il était temps pour eux de se transformer en bois de chauffage. En somme, une fin de canicule plutôt classique et banale, mais tout de même assez violente pour nous offrir quelques frissons d'appréhension et d'exaltation. Mais aux journaux télévisés, c'était le délire! Chacun y est allé d'un quinze minutes, sinon plus, de logorrhée apocalyptique, qui a pris des allures d'avalanche de météorites géants. Bernard Derome avait sa gueule de Crise d'octobre en juin et, Maxence (?)... OK, d'accord, lui on lui pardonne, une liste d'épicerie pourrait le propulser au bord de la crise de nerfs. Mais il y avait aussi l'autre, dont j'oublie le nom, qui parlait d'un ciel de fin du monde et qui s'est lancée dans une réflexion hautement philosophique sur la fragilité de l'être humain. Quand même! Un peu de retenue, non mais! Bien sûr, les Jos Bleau, dont je suis, s'étaient précipités vers les fenêtres en criant: « Aïe, yin woère, ça va cogner en écœurant!» Tout ce qui perturbe l'étale de nos jours est bienvenu. Mais les faiseux de nouvelles, à force de vouloir coucher avec les Jos Bleau, finissent par nous baiser, sans que nous le sentions passer. Que veut-on tant éviter de se dire et d'affronter, pour faire de l'événement avec un simple orage?

Bouchard-Taylor, dernier épisode et quelques conclusions:

«Le Québec n'est pas multiculturel, il est interculturel» ????????????!!!!!!!!!!!!!

«Moé, s'tie, j'ai dé valeurs, s'tie, pis cé pas un importé qui va m'apprendre à vivre, tabarnak! » (Entendu dans un resto et cité textuellement). Yo man!

Quelques millions de dollars plus tard, c'est réglé, classé, oublié. Bon débarras. Est-ce si cher payé pour assommer la bêtise? À moi comme à d'autres sûrement, il sera resté quelques blessures, des amitiés quelque peu écorchées et un goût de fiel dans la bouche. Une vague peur du lendemain, mon monde m'est devenu suspect.

En manière de conclusion:

Si l'été n'a pas été très chaud, l'automne, lui, sera poisseux: on va avoir des élections. Beurk! À deux jours du déclenchement, Harper a déjà été obligé de s'excuser d'avoir fait chier un oiseau sur la tête de Stéphane Dion, sur le site Web du parti conservateur. Élégant et de bon goût. Et c'est ça qui prétend nous représenter! Voici donc notre nouveau projet de société: on se chie sur la tête et après on s'excuse. Des heures de plaisir en perspective. C'est vrai que la diarrhée de la listériose, il faut bien l'évacuer quelque part. La décadence de l'empire romain ce n'était rien comparé à la décadence de l'empire canadien.

En passant, quelqu'un pourrait-il me dire ce que faisait le ministre de la Santé, à téter de l'Américain, pendant la crise de la listériose? Il cherchait une nouvelle bactérie?

Et quelqu'un, s'il vous plaît, pourrait-il dire à Sandra, Conchita, Monica, XXX Hard-on et autres, que je n'en veux pas de Viagra. Merci.