mardi 27 novembre 2007

Dommages collatéraux et assistés sociaux

Tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom, dit la chanson. Il y a des mots, des expressions qui me donnent des boutons, dont on se gargarise sans trop bien en mesurer la portée, parce qu'ils ont une saveur de nouveauté, un effet post-moderne qui vous situe son homme ou sa femme dans la très sélecte caste des branchés survoltés. Les clowns n'ont pas toujours le nez rouge, il tourne parfois au brun quand ils deviennent pro-actifs. Les gestionnaires de tout acabit adorent ce mot, parce qu'il signifie la plupart du temps que leurs sous-fifres vont de leur propre initiative en faire plus qu'il n'en faut pendant qu'ils empochent la prime au rendement. Il suffit que l'on titille un peu l'émotivité ou la frustration latente du bon citoyen pour qu'il s'y mette à son tour, et le voilà à réclamer toujours plus de lois, toujours plus de règlements, toujours plus de répression et de sanctions, en se berçant de l'illusion qu'il n'en fera jamais les frais.

L'ère post-humaniste aussi me fait frémir. On est quoi quand on est post-humaniste? Pré-robotique?

Depuis plusieurs années déjà, une expression, liée justement à l'ère post-humaniste, née de la guerre, est servie à toutes les sauces: les dommages collatéraux. Deux petits mots pour banaliser et déshumaniser la souffrance et la mort. Deux petits mots pour déresponsabiliser et déculpabiliser. Pour vendre l'idée d'une guerre, on fait croire à une technologie qui permet des bombardements ciblés? Les bombes s'égarent sur un quartier résidentiel: dommages collatéraux. On livre à la torture des prisonniers de guerre parce qu'on laisse aux gens du cru le sale boulot: dommages collatéraux. Sous prétexte de lutte anti-terroriste, on multiplie les groupes armés clandestins et les kamikases qui se lancent n'importe où et sur n'importe qui, à défaut de pouvoir approcher ceux qu'ils visent: dommages collatéraux. Des industriels, faisant déjà des profits faramineux, ferment des usines pour les déménager dans des pays où la main d'oeuvre est bon marché et plus facilement exploitable. Des gens perdent leur gagne-pain, des villes se meurent, les pays où ils s'installent n'y gagnent rien, au contraire: dommages collatéraux. Des gens souffrant n'arrivent pas à se faire soigner parce que nos systèmes de santé sont embourbés dans une technocratie insensée: dommages collatéraux.

Qui peut me dire en quoi cette rationalisation impudente qui nourrit notre indifférence est plus noble que les pulsions du premier assassin venu? Deux petits mots pour tuer les mains propres, la conscience tranquille et le cœur léger.

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La semaine dernière, l'ineffable Mario Dumont, était encore sur un high suite à une enième injection d'encre de Journal de Montréal. Sa nouvelle marotte, il fallait s'y attendre: les assistés sociaux. Comme ils sont pratiques, les assistés sociaux. Quand on veut de la couverture sans prendre de risque et vlan! dans la gueule des B.S.! Pas besoin de connaître son sujet, pas besoin de s'embarrasser de ces nuisances que sont les nuances qui massacrent le punch, les bulletins de nouvelles tasseront les informations plus pertinentes pour vous faire une place, on choisira pour les premières pages une photo de vous où vous avez une gueule de Superman sur l'acide et les lignes ouvertes exploseront. Qui est l'assisté, en l'occurrence? N'y aurait-il pas quelque chose de plutôt obscène à parasiter ceux dont on se complaît à réduire l'existence au parasitisme? Et que dire des vrais assistés sociaux du genre de celui qui se vend à lui-même 130 millions quelque chose qu'il a payé 6 millions l'année précédente dans l'espoir que le gouvernement l'engraisse éventuellement à même les fonds publics? Que dire de ces directeurs et sous directeurs dont la principale fonction semble être celle de cesser d'en occuper une, dont personne n'a jamais su en quoi elle consistait au juste? Que dire de ces grands professionnels de la prime de départ? Que dire de tous ces entrepreneurs à la langue pendante qui font reluire les planchers des Parlements et quelques culs sûrement, au passage, et encore plus depuis que nous sommes affligés d'un PPPremier Ministre? Qui sont donc les vrais assistés sociaux qui usent et abusent du système, que nous faisons vivre au mieux à ne rien faire et au pire à nous nuire? Qui sont ceux pour qui l'État est la providence? Qui parasite qui?

Et que dire de l'industrie de la charité?

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Pour finir, un coup de chapeau aux étudiants. J'ose espérer que vos manifestations sont aussi festives que veulent bien nous le faire croire les journaux. Et s'il vous plaît, ne vous laissez pas convaincre que vous vous battez pour des places de stationnement et des voyages en Floride.

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