dimanche 30 août 2009

United States here we come! New York, keep moving!

Premières heures du premier jour et l’inévitable motel au milieu de nulle part. Indéniablement pratique: pendant qu’on règle l’air climatisé avec un pied, on ouvre le frigo avec l’autre, ce qui laisse une main libre pour le contrôle à distance de la télé et l’autre pour vérifier la température de l’eau du bain. Que demander de plus? Et aussi inévitable, le truck stop à côté et la voie ferrée un peu plus loin. Mais comme Glenmont n’est même pas sur la carte, il ne faut quand même pas être trop regardant. Mais avant tout, premier arrêt où? À à peine 1 kilomètre de la frontière, McDonald, évidemment! We have paid our tribute to american civilisation.

Le lendemain, une longue route sans grand intérêt. Sans intérêt? Allez savoir! Je ne vois rien autour de moi, je compte les milles et les heures avant la folie. Tout ce que je sais, c’est que nous suivons la route 9W south, que je dois surveiller parce qu’elle s’échappe parfois à un tournant si nous avons un moment d’inattention. Qu’est-ce qui m’a prise d’avoir envie de New-York? Je pourrais dire que c’est seulement pour faire plaisir à mon chum, mais je mentirais. C’est simplement qu’aborder une grande ville me terrorise: chaque fois: j’ai l’impression d’être engloutie. Alors, un monstre comme New-York… Parce que quoiqu’on en dise, c’est un monstre. Regardez-la sur la photo, plus bas, toutes dents dehors, prête à me dévorer. Pauvre de petite moi, avec seulement un parapluie pour me défendre.

Weehawken

À l’entrée de Greenwich Village

Le Lincoln tunnel m’aspire, impossible de résister. Impossible de ne pas penser qu’on y est enfermés avec des camions d’essence ou de je ne sais quoi de toxique et inflammable; c’est l’alerte orange, Ben Laden est sorti de son trou la veille, en l’honneur du discours d’Obama au monde musulman. Brrrr!!!!

Le tunnel m’éjecte comme un anus hyperactif, prrrt!, splouch! Wouah-ah-ah-ah-ah! Une crotte portée par le flot: on n’entre pas dans Manhattan, on est flushé dans Manhattan. Keep moving. Il est 5 heures. Les voitures vous poussent au cul. Keep moving. Les policiers vous sifflent, vous hurlent: keep moving. Les klaxons vous assourdissent: keep moving. Les piétons se ruent au feu vert. Keep moving. Un camion décide d’emprunter la voie où vous êtes, exactement où vous êtes coincés. Keep moving. Les sirènes se rapprochent. Keep moving.

Alors, vous avancez, accroché au tableau de bord, en essayant d’attraper parmi les centaines de panneaux de toutes sortes où vous en êtes des rues et des avenues et d’éviter de vous engouffrer dans un sens unique. Keep moving. No parking, no stopping, The Best Pizza in Manhattan, Keep left, Keep right, Buses only, 37th avenue north ou est-ce east, Big Summer Sale, Bagels and Pretzels, Government sucks, Fifth avenue, I love the Big Apple. No Access. $300.00 fine for honking. Keep your mouth shut and keep moving. 17th street north, vous approchez. 17th south, non pardon west, vous y êtes. Étourdi mais encore vivant… peut-être. Vous stationnez la voiture pour prendre le temps de descendre vos bagages à l'hôtel. No parking, Contravention. Keep moving, sucker!

Nous ne sommes pas allés voir Ground Zero. Pourquoi? Il y a bien quelques traces ici et là, des tuiles peintes par des enfants, un mémorial dans une rue moins fréquentée, mais c’est fini, c’est passé, Manhattan has kept moving. La seule différence à mes yeux? Il n’y a plus cette agressivité envers les policiers qui m’avait tant étonnée la première fois que j’y étais allée. C’est cher payer le respect.

Pour le reste, nous nous sommes promenés et j’ai finalement saisi le vrai sens du mot overwhelmed. OUF!… Je crois bien qu’un semaine sur mon petit coin de perron devant l’hôtel m’aurait déjà donné de quoi écrire deux romans. J’y ai découvert comment reconnaître un vrai New-Yorkais. Si:

1- Vous êtes capables d’aller d’un point A à un point B, en suivant une ligne parfaitement droite sur un trottoir surpeuplé, en ayant un conversation cohérente au cellulaire que nous tenez d’une main et sans renverser le méga café que vous avez dans l’autre main, vous êtes un vrai New-Yorkais.

2-Si vous gardez votre rythme de marche quand vous traversez une intersection et qu’un taxi vous frôle pour vous faire avancer plus vite, vous êtes un vrai New-Yorkais.

3-Si vous traversez Union Square sans même jeter un regard aux 15 voitures de police qui viennent d’arriver en trombe tous gyrophares et sirènes dehors, vous êtes un vrai New-Yorkais.

4-S’il y a un tournage au centre-ville qui bloque une dizaine de rue dont une artère majeure et que vous n’êtes pas sur un coin, la bouche ouverte et les yeux exorbités pour voir si vous n’apercevriez pas une tête connue, vous êtes un vrai New-Yorkais.

5-Enfin, si vous arrivez à faire passer de front un autobus et un camion de déchets sur une rue à deux voies où déjà sont stationnés, de part et d’autre, une van et un SUV, vous êtes un vrai New-Yorkais.

Moi, j’affirme que j’ai du chemin à faire et pas seulement les 600 milles qui séparent Montréal de Manhattan.

Vivement le bord de mer!