J'ai vécu deux grands moments de bonheur sans mélange ces dernières semaines: le spectacle de Nick Cave au Métropolis et, pour la énième fois, le spectacle d'adieu de Jacques Brel à l'Olympia. J'aime ces hommes d'amour et je comprends, oh combien, ces damoiselles qui succombaient au premier troubadour venu, quoiqu'on ne puisse dire de l'un ou l'autre qu'il conte fleurette; ainsi vont les temps et les jeunes filles (et les vieilles tout autant), qu'ils changent mais, au fond, restent les mêmes.
Je plonge dans leur univers, je les pénètre à même la peau, je m'abandonne à eux. Un voyage au bout de nous, bien au-delà de la vie et de la mort. Un voyage dont je reviens chaque fois secouée, bouleversée et comblée, purifiée et souillée. Pendant une heure, une heure seulement, j'ai été un poivrot brisé par une vie sans projet et des amours de pacotilles, caracolant dans les rues d'une ville, un soir d'été. Une ville où des vieux sur les places, rient de toute une dent pour croquer le silence, en regardant tomber les nappes en miettes par-dessus les balcons. Et puis, je m'arrête devant un bar, aux portes battantes comme il se doit, je dégaine mon colt et j'entre en hurlant: «Get down on your knees and suck my dick, motherfucker, I'll crawl over fifty good pussies just to get to one fat boy's asshole». Et je mets une balle dans la tête de tous ceux qui se trouvent sur mon chemin et je sors en soufflant sur le canon de mon arme, enfin libérée de tous les chiens sales que j'ai croisés dans ma vie. Tout ceux qui m'ont ignorée, tous ceux qui ont refusé de m'embrasser, je les fous au fond d'un puits et le vent hurle pour étouffer leurs cris pendant que je ris comme ils pleurent sur les femmes infidèles. Death is not the end, mes chéris... mais vieillir... Quand nos rêves se rident dans un monde trop petit et que nous traversons le présent en s'excusant de n'être pas déjà plus loin.
Ils me vengent, ils m'épanchent, ils me réconcilient. They are my men and it's a wonderful life that they bring.
******************************
J'ai commencé La traversée de la ville et bien sûr que ça va mal finir. Et bien sûr que je sortirai de là encore une fois, enragée contre Michel Tremblay. Et bien sûr, encore une fois, j'aurai savouré chaque mot, chaque image, chaque personnage. J'ai une seule question: y avait-il vraiment des toilettes dans les logements de la rue Montcalm au début du siècle? Parce qu'au début des années soixante-dix, à mon souvenir, il y avait encore des appartements sans toilettes à Montréal.
******************************
Saviez-vous que 2008 est l'année internationale de la patate? Pas l'année de la lutte contre la faim, pas l'année du partage équitable de la dite patate, non, l'année de la célébration du tubercule lui-même! Hauts les coeurs, quand même vous auriez l'estomac vide et les intestins qui font des nœuds, l'heure est à la fête. Lâchez pas la patate, surtout ...
*******************************
Est-ce que l'idée d'aller voter vous donne envie de voler, vous? S'il faut qu'on revote en plus au fédéral, on va tous se retrouver en orbite. Surtout que, avouons-le, les Charest, Marois, Dupont, Harper et compagnie n'inspirent pas vraiment l'élévation. Au ras des pâquerettes, qu'ils sont plutôt, nos politiciens, le nez dans la bouse. Vidés de toute substance par les faiseurs d'image, insignifiants à faire peur. Qui tire les ficelles de ces désolantes marionnettes? Les inepties qu'ils nous débitent mécaniquement, quel ventriloque les met dans leur bouche? Le regard d'un épagneul sur le Prozac croisé avec une vache autiste, rivé sur le vide, agrémente leur visage de bois figé entre rage et béatitude. On peut au moins accorder une chose à Mario Dumont, c'est qu'il s'assume: quand on le sort du placard de son autobus de tournée, c'est carrément pour faire le guignol, en perruque blonde ou autrement. Il ne prend même plus la peine de faire l'effort de maquiller la chose, quitte à faire la démonstration qu'il est aussi mauvais comédien que politicien.